Publié le 1 octobre 2018

Par Laurent Stoffel

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Nous vous proposons dans une nouvelle série d’articles d’éclairer notre activité de recherche en Coopération dynamique en répondant succinctement aux questions suivantes :

  • Qu’est-ce qu’une activité de recherche sur le champ de la coopération ?
  • Comment travaillons-nous sur ce sujet et quelle est notre approche ?
  • Qu’est ce que la coopération dynamique ?

Un chemin…

Je commencerai par retracer le chemin qui nous a conduit à cette activité.

Nous avons commencé à rechercher de nouvelles possibilités pour travailler autrement il y a presque vingt ans. Cet « autrement », désignait surtout notre insatisfaction vis à vis des façons de faire que nous avions vécues lors de notre parcours en entreprise. Nous nous sommes alors tournés vers le coaching, l’accompagnement d’équipes et le développement des organisations en espérant y trouver les réponses à notre recherche, et pouvoir ainsi les partager. Nous étions convaincus que si notre insatisfaction n’était pas généralisée, elle était néanmoins partagée par de nombreuses personnes.

Cependant au fil de nos interventions, notre insatisfaction demeurait présente car nous avions envie de proposer une démarche d’action. Pour le dire autrement, nous avions envie de proposer une approche ancrée dans l’action pour l’action, des outils que les personnes utilisent immédiatement pour leur travail quotidien.

Collaborer, coopérer, participer, contribuer…  quelles nuances ?

Nos investigations sur les outils d’animation de groupes nous ont amenés à expérimenter des méthodes, nous avons observé alors que les personnes travaillaient ensemble avec efficacité et plaisir, sans comparaison avec ce que nous avions expérimenté jusqu’alors. Bien qu’il soit possible de considérer que ces dynamiques génèrent plus de performance, plus de créativité, plus d’enthousiasme, il nous a semblé essentiel d’essayer de regarder au-delà du « plus » pour rendre compte du « autrement ».

Prenons la métaphore du vin pour imager ce point : un sommelier expérimenté distingue des subtilités qu’un non spécialiste ne peut distinguer. Et même si l’analyse peut se porter sur les différentes caractéristiques du vin (olfactives, visuelles, gustatives), la qualité du vin désigne ce qui, résultant d’une synthèse complexe, en fait sa spécificité, sa singularité, et ne saurait se réduire à l’une ou l’autre des caractéristiques descriptives comme l’équilibre, l’acidité, l’intensité, l’onctuosité. De même, il nous est apparu que nous pouvons distinguer les dynamiques de travail sur le champ de la Qualité[1] de l’expérience vécue par les personnes. Cependant les notions disponibles, dérivées du champ psychologique ou sociologique, étaient insuffisantes pour distinguer qualitativement les dynamiques collectives. Cela revenait à distinguer les vins seulement par leur couleur et région d’origine, insuffisant pour devenir sommelier.

L’emploi des termes « collaborer / coopérer / participer / contribuer » comme quasi-synonymes montre que les distinctions entre ces différentes modalités sont encore méconnues. Notre démarche nécessitait donc d’entreprendre une exploration en profondeur des dynamiques d’action des groupes pour en comprendre les ressorts, les subtilités, les principes, les possibilités de perception. De même que le sommelier expert identifie un cépage à la première gorgée, il nous fallait développer notre acuité pour nous familiariser et reconnaître rapidement les différentes modalités de l’action collective. Tel est le premier pilier problématique de notre démarche : comment enrichir notre capacité de distinction pour expliciter les spécificités des différentes façons d’ « agir ensemble » ?

Comment proposer de nouvelles façons d’agir ensemble au quotidien ?

Le second pilier de notre démarche trouve son origine dans la remise en question du caractère exceptionnel des dynamiques produites par certaines de ces méthodes. Nous avons observé que la Qualité de ces modes de travail était attribuée à la méthode d’animation, au talent de l’animateur, au fait d’être « en dehors du travail », à la qualité des personnes présentes. Bien que ces explications soient plausibles, elles ne nous informent en rien de la possibilité ou de l’impossibilité de s’intégrer légitimement dans le travail quotidien : quelles sont les Qualités d’action collective intégrable dans le quotidien du travail ? Comment peuvent-elles s’intégrer ? Comment s’articulent-elles avec les repères habituels de l’agir ensemble au travail ?

Il nous a fallu alors avancer sur plusieurs plans à la fois. Notre premier objet d’investigation : vivre nous-même différentes approches et expérimentations pour construire notre propre expérience empirique et forger les notions et les principes théoriques qui nous permettent de distinguer les modes d’action collectif. Il nous a fallu ensuite imaginer de nouvelles méthodes fort de ces principes, les valider en les testant nous-même et avec d’autres personnes sans à priori ni expérience sur le sujet. Nous avons parcouru ce chemin avec des personnes pionnières qui recherchaient, elles aussi, un « autrement » du travail et étaient prêtes à expérimenter dans leur entreprise. Nous nous sommes fait confiance pour travailler ensemble autrement sur ce chemin de découverte.

La façon dont on fait les choses contribue au résultat obtenu.

Nos expérimentations sur le champ de la coopération nous ont permis de mettre à jour une problématique essentielle de l’action collective au travail, axe central de notre démarche : comment penser le rapport entre les façons de faire et ce que réalisent les personnes ? En quoi cette compréhension génère de nouvelles possibilités d’action, d’expression, et de réalisation dans le quotidien du travail ? Pour le dire en d’autres termes, il s’agit de considérer la complexité dissimulée par l’apparente  banalité du propos : la façon d’interagir entre les personnes contribue à ce que réalisent les personnes ensemble. Une évidence dont la vérité de fait est pourtant sommée de rester à la porte de l’entreprise.

En effet, pourquoi et comment se préoccuper d’un phénomène qui infléchit le résultat sans pour autant le déterminer de façon absolue ? Comment considérer un phénomène dont nous avons l’intuition mais qui ne peut être ni décrit ni appréhendé adéquatement par le prisme d’une argumentation causale ? La tentation est alors de conclure définitivement qu’il s’agit d’un horizon indépassable et d’un non-sujet. A contrario, nous y avons vu l’évidence de la difficulté à appréhender une réalité qui se dérobe aux pensées habituelles et légitimes dans le monde du travail. C’est alors un renversement de perspective que nous avons opéré pour quitter l’ombre de ce mur infranchissable. Nous avons alors considéré le lien entre façon d’interagir et réalisation comme fondement de notre démarche.

Rendre accessible simplement de nouvelles possibilités

Il nous restait alors à dépasser une nouvelle difficulté : comment rendre accessible simplement les possibilités offertes par cette nouvelle perspective ? Comment penser de nouvelles façons de travailler ensemble cohérentes avec nos intuitions et avec la complexité du phénomène ? Comment générer de la coopération au travail sans formation ni accompagnement ? Comment transmettre aux personnes souhaitant créer des moments de coopération autour d’eux ? Je mentionnais au début de l’article notre motivation à partager avec ceux qui recherchaient comme nous un « autrement du travail ensemble ». Cette motivation est toujours présente aujourd’hui. Elle est la finalité même de notre démarche. Aussi nous continuons à avancer sur ce chemin pour construire et transmettre des outils et des méthodes simples d’utilisation, que chacun expérimente intuitivement par la pratique. Nous avons appelé Coopération dynamique les outils, méthodes et notions  dérivées de cette façon de penser le travail ensemble.

Laurent Stoffel

[1] La majuscule est utilisée pour distinguer la notion de Qualité au sens d’une spécificité issue de la synthèse telle que l’illustre l’image du vin, de la qualité au sens du jugement de valeur mieux/moins bien.

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